
Aujourd’hui est un jour particulièrement difficile. En effet, malgré ma décision de quitter le Japon au moment du séisme, j’avais secrètement le projet d’y retourner sous peu. A vrai dire, mon retour été même prévu pour le 15 avril et c’est cette date que j’avais communiquée à mon agent immobilier ainsi qu’à l’école de langue pour laquelle je travaille.
Hier matin, après beaucoup de doutes et de craintes, mais ayant une envie profonde de reprendre ma vie de tokyoïte, je m’apprêtais donc à acheter un billet d’avion Paris-Tokyo (en serrant un peu les dents tout de même), lorsque j’ai eu la bonne idée (ou la mauvaise – seul le temps nous le dira) d’entamer une discutions avec une amie japonaise vivant à Tokyo. Cette dernière m’a clairement dit de ne pas revenir pour le moment et que l’avenir du Japon serait certainement très sombre pour les mois, voir les années, à venir. Elle a pris soin de me transmettre des liens vers des articles en français, des vidéos, etc…
Cela m’a fait prendre conscience de la situation critique et instable actuelle au Japon. Cette amie, qui lorsque j’ai quitté le Japon ne comprenait pas mon geste et me disait de rester, a soudain retourné sa veste. Les médias japonais sont devenus plus alarmants, plus “transparents” et, à présent, les japonais sont inquiets et ne peuvent que constater l’épée de Damoclès qui les menace.
Malgré cette conscience d’un éventuel danger imminent, cette amie, tout comme mon amie Kaori, ont décidé de rester à Tokyo et continuent de vivre normalement. Mais que pourraient-elles faire d’autre? Est-ce que je fuirais mon pays moi? Pour aller ou? Et puis, pour le moment, les tokyoïtes ne “survivent” pas, en apparence, c’est comme-ci rien n’avait changé… ou presque.
Toujours est-il que suite à cette longue discutions, j’ai du revoir mes projets de “come back” et j’ai finalement décidé de ne pas repartir à Tokyo… pas pour le moment en tout cas. Je dis donc “sayonara” à mes 8 mois de visa restant, à mon appart de 35m2 proche du JR, à mon job de prof et à tous mes supers élèves (c’est bien ça le plus difficile), à mes projets de reportages, livres et autres au Japon, à mes amis japonais avec qui je commençait tout juste à créer des liens, à la Tokyo Decadance, au karaoke , au purikura, et autres bars à thème que je n’aurais même pas eu le temps de tester… Bref, tout un rêve à oublier, tout un “futur proche” à retracer, des espoirs qui s’envolent…
Biensûr, je ne suis pas à plaindre. D’autres sont actuellement dans une situation bien plus difficile (et mes pensées les accompagnent), mais comment est-on supposé se sentir lorsque l’on a passer 2 ans à préparer son “rêve”, et lorsque se rêve est ancré en soit depuis bien plus longtemps encore?
Je comprends ceux qui sont restés ou même repartis, c’est un mal invisible qui menace le Japon et ceux qui sont là-bas continuent de sortir avec leurs amis, ils s’amusent, “profitent” de leur séjour… Peut-être qu’ils ont raison et qu’il n’y aura aucune autre conséquence, mais dans le doute, je préfère m’abstenir. Il ne faut pas non plus oublier la pression familiale, les proches qui s’inquiètent. Personne n’a raison ou tort, personne n’est à blâmer. Mais le choix n’en reste pas moins difficile à prendre.
Quand je relis cette page “La faille” dans mon guide JAPON de 2010, ça me fait froid dans le dos!

Pour moi, le Japon, c’était une évidence, c’était facile. Partir à l’autre bout du monde sans parler la langue du pays ne m’effrayait pas, c’était facile, logique. La première fois que j’ai posé le pied au Japon, je me suis tout de suite sentie “à la maison”, le genre de sentiment qu’on oublie pas et que je n’ai jamais ressenti ailleurs, pas même dans mon propre pays.
Aujourd’hui, mon attachement au Japon est énorme et ma fascination pour l’Asie en générale ne cesse de grandir.
Je n’ai aucune envie de rester en France, pour moi, j’y ai déjà fait tout ce que je devait y faire, c’est-à-dire pas grand chose. J’ai une envie féroce de voyager… mais, il n’y a rien à faire, je me retrouve toujours à rêver d’Asie: la Corée, la Chine et ce Japon qui est si proche… je ne peux me résoudre à tirer un trait sur cette partie du monde. Si je repars, ça sera en Asie, histoire de sentir cette proximité, de me sentir “proche de chez moi”.
Dur de se satisfaire de peu lorsque l’on a connu Tokyo, si belle et si grande, ville excitante et passionnante, pleine de surprises, pleine de souvenirs…
A défaut de Tokyo, je m’imagine maintenant à Seoul. J’avais prévu de m’y rendre de toute façon. Mais qu’est-ce que je connais de la Corée du Sud? Un drama, un dizaines de boys/girlsbands? Pas beaucoup plus… Biensûr, c’est un pays qui m’attire pour les similitudes qu’il a avec le Japon, mais je n’ai (pour l’instant) aucun lien avec ce pays. Je ne m’imagine pas débarquer là-bas sans parler coréen et avec une connaissance quasi nulle du pays. Au Japon, la langue n’a jamais été un frein psychologique, je m’étais même dit naïvement “une petite française blonde qui débarque à Tokyo, ça sera facile de trouver du travail!”. Hé bien, dans ma naïveté, je n’avait pas tort. Il m’aura fallu moins d’un mois pour avoir un job régulier, trouver des élèves, du baby-sitting à la pelle… c’était déjà ça et ça me suffisait. La Corée du Sud me parait un pays bien plus inaccessible.
Quoi qu’il en soit, je tiendrais à jour ce blog, si mon aventure me mène ailleurs en Asie… ou fini par me ramener à nouveau au Japon.
To be continued…